L'Ecole
du Massage Intuitif
publie des
articles exploratoires sur le massage, la relaxation,
le
ressenti intuitif, la somatothérapie et les techniques corporelles.
Sommaire des dossiers pédagogiques :
Le
massage somatothérapeutique
La
relaxation coréenne
La
méthode Alexander
La
respiration
Actualité
du massage et du bien-être
Réglementation
du massage bien-être
Formation
massage
Stage de relaxation
Ecole
du massage intuitif
|
La
respiration
Fondement
de la santé, du bien-être, de l'équilibre.
Par Manuel GASTAMBIDE *
Le fait d'accéder à une bonne respiration conditionne l'équilibre
physiologique, psychique, mental et émotionnel de l'individu.
Cette bonne respiration, au départ, est instinctive et automatique. Il
suffit d'observer un bébé respirer pour s'en rendre compte. Mais elle
est déviée de son idéal au fur et à mesure que le sujet se construit.
Les traumatismes, petits et grands, s'inscrivent inconsciemment dans la
structure de la respiration, comme dans celle du corps. Ils y laissent
des traces qui perturbent le schéma respiratoire par l'installation de
tensions, fragilisant du même coup la personne pour ses défis à venir.
La prise de conscience de ces retenues respiratoires, au niveau
physique, peut renvoyer aux causes psycho-émotionnelles du blocage. Dès
lors, le sujet peut dépasser ces tensions et retrouver une respiration
libre et fluide, fonctionnelle et économique.
LA RESPIRATION FONCTIONNELLE ET ÉCONOMIQUE
Lorsqu'on évoque la respiration, on pense aux poumons. Or, si dans son
aspect chimique d'échange gazeux, la respiration concerne effectivement
la zone pulmonaire, sur le plan mécanique, elle mobilise le tronc dans
son ensemble, de l'occiput au périnée, dans une synergie musculaire
complexe.
Le diaphragme est
un muscle clé de la respiration.
Divisant le tronc en deux à la hauteur des côtes inférieures, c'est un
des muscles les plus puissants du corps. Il limite par le bas le volume
pulmonaire et par le haut, le volume abdominal. Le mouvement du
diaphragme est comparable à celui d'une coupole qui élève et abaisse le
sommet de son dôme, en s'appuyant sur trois piliers : la colonne
vertébrale, les côtes et le sternum.
Dans le temps de l'inspiration, le diaphragme est actif. Il se
contracte et le sommet de sa coupole descend. Cela entraîne :
- pour
la poitrine, une augmentation du volume thoracique par le bas, créant
une dépression qui provoque l'entrée de l'air dans les poumons.
- pour
l'abdomen, un appui sur le volume (incompressible) abdominal qui, en se
déformant, va gonfler le ventre et, dans une moindre mesure, le
diaphragme pelvien et le bas du dos au niveau du carré des lombes.
Le volume abdominal doit être complètement libre et détendu.
Réciproquement, toute tension abdominale chronique empêche ou réduit la
respiration physiologiquement normale. Et toute tension passagère la
réduit momentanément.
Dans le temps de l'expiration, le diaphragme est passif. Son dôme
remonte sous l'effet de l'élasticité des poumons et de l'action des
muscles du ventre. Cela entraîne :
- pour
le thorax, une réduction du volume thoracique et une expulsion de l'air
vicié hors des poumons.
- pour
l'abdomen, un travail synergique de tous les muscles qui forment la
surface du ballon abdominal à l'exception du diaphragme.
Cette alternance rythmée est le mécanisme fondamental de la
respiration. Tout obstacle à sa liberté est lié à des troubles
physiologiques ou psychologiques. Ce mouvement entraîne toute la masse
abdominale dans un flux et un reflux continuel, une succession de
contractions et de relâchements. Ce brassage facilite et régularise les
fonctions de digestions, d'assimilation et d'élimination. Le mécanisme
de la respiration a donc un rôle non négligeable dans le fonctionnement
du système digestif. Beaucoup de troubles de l'estomac ou des intestins
sont en relation avec un mécanisme respiratoire bloqué ou insuffisant.
Le mouvement des côtes prolonge la respiration
diaphragmatique.
Les côtes sont animées d'un mouvement coordonné à celui du diaphragme
et qui contribue secondairement à l'augmentation du volume thoracique.
Ce mouvement est réduit dans la respiration de repos mais devient plus
ample quand un effort musculaire intense demande un approfondissement
de la respiration. Et l'on retrouvera ici la même logique qui veut que
des tensions musculaires peuvent tenir un rôle néfaste dans la
respiration complète, en gênant ou en bloquant le mouvement des côtes.
Description de la
respiration complète.
Nous pouvons considérer la respiration complète comme le résultat de
l'alternance musculaire suivante :
- Dans
l'inspiration, tension active du diaphragme et détente des muscles
abdominaux et pelviens. Dans la continuité de ce mouvement, les muscles
pectoraux et dorsaux vont ouvrir la cage thoracique, d'abord
latéralement, puis vers le haut.
- Dans
l'expiration, relâchement des élévateurs des côtes, tension active des
muscles abdominaux et pelviens, repoussant vers le haut le diaphragme
détendu. Puis, si l'expiration est forcée, contraction des muscles
abaisseurs des côtes pour réduire encore le volume thoracique.
Ce mouvement respiratoire trouve son maximum d'efficacité lorsque l'axe
du corps est stable et en extension. Il doit se faire en prenant appui
sur la colonne vertébrale, et non sur le sternum comme cela arrive
parfois. La fixation équilibrée de la colonne dorsale donne les points
fixes à partir desquels les muscles respiratoires peuvent agir.
Réciproquement, une respiration normale et complète est impossible dans
un corps dont l'axe est chroniquement déformé.
Nous voyons de nouveau apparaître l'unité des diverses fonctions de
l'organisme et nous comprenons que l'amélioration d'un problème
respiratoire, avec ses incidences psychologiques, doit souvent
commencer par une libération des tensions vertébrales.
LES BLOCAGES RESPIRATOIRES
Peu d'adultes occidentaux, aujourd'hui, ont une respiration optimale.
L'excès de stress en est parfois la cause mais la plupart des blocages
remontent à des "blessures" non résolues dans la construction de la
personne.
Les relations profondes unissant la vie émotionnelle et la respiration
font que les problèmes affectifs liés au développement de l'enfant et
de l'adolescent s'expriment dans des attitudes corporelles et
respiratoires correspondant aux attitudes psychologiques de défense.
Ces attitudes justifiées par les circonstances à un certain moment de
la croissance personnelle risquent de se cristalliser et de devenir
chroniques, alors même que les circonstances qui les justifiaient à
l'origine ont disparu. Le résultat, chez l'adulte : un blocage dans le
développement personnel sur le plan psycho-émotionnel et, sur le plan
physique, la stagnation dans des attitudes corporelles qui en sont
l'expression inconsciente.
Jacques Dropsy, dont les travaux inspirent une partie de cet article,
donne un exemple aussi caricatural qu'explicite de ces blocages qui
remontent à l'enfance : "La peur de son père, ou la peur plus
générale d'être frappé peut avoir à un certain moment de l'enfance
entraîné naturellement l'habitude de retenir son souffle à la fois sous
l'effet de la crainte et par désir de passer inaperçu. Cette attitude
peut devenir un réflexe automatique. Devenu adulte l'enfant gardera
alors la crainte profonde des autres et spécialement des "autorités",
tout comme il conservera l'habitude de retenir son souffle à tout
propos [...] Tout ce processus se déroule sans l'intervention de la
volonté consciente [...] Plus tard l'adulte aura seulement la
conscience vague que quelque chose ne va pas, que, psychologiquement
autant que physiquement, "il étouffe" dans la vie. C'est seulement s'il
arrive, avec l'aide d'un spécialiste, à prendre conscience de ses
attitudes inconscientes, qu'il pourra entamer un travail pour s'en
libérer".
L'histoire de vie de chacun s'inscrit dans sa structure. Le corps est
marqué par l'histoire sociale de la personne, façonné par le métier
qu'il a exercé, par le sport qu'il a pratiqué... C'est avec ce corps,
structuré d'une façon qui lui est propre et qui fait son unicité, que
l'individu va agir dans toutes les situations de sa vie.
Le travail de libération des tensions profondes et anciennes, en
massage comme en somatothérapie, fait parfois remonter des réactions
émotionnelles liées à ces tensions non résolues. C'est précisément la
révélation de ces émotions enfouies (colère, peur, tristesse, sentiment
d'abandon, etc.) qui va permettre aux tensions de relâcher leur
contrainte. C'est une véritable libération pour la personne qui
effectue ce travail. Nous y reviendrons.
LA RESPIRATION ET L'ACIDITÉ DU SANG
Le pH normal du sang humain se situe à 7,35 ; c'est à dire très
légèrement alcalin (la neutralité est à 7). Son amplitude de variation
est relativement faible : de 7,28 à 7,42. Lorsque ce pH est à sa
normalité, l'hypothalamus (dont le rôle est important dans la
régulation émotionnelle) est approvisionné par un sang qui favorise ses
possibilités normales de réaction. Il engendrera une décharge immédiate
consécutive à la charge d'une émotion. Cette réponse appropriée de
l'évacuation émotionnelle se déroule dans un temps raisonnable.
Lorsque le pH glisse de 7,35 vers 7,28, le sang devient légèrement
moins alcalin que la normale. Dans ce cas, le sang inhibe les réactions
hypothalamiques et les décharges émotionnelles s'effectuent plus
lentement, jusqu'au blocage.
En situation inverse, le sang devient plus alcalin et l'activité
hypothalamique est suractivée. Il se produit alors des déblocages
émotionnels accentués.
Ainsi, le pH sanguin apparaît-il comme un régulateur de la vie
émotionnelle. Or, si l'alimentation détermine en partie ce taux
d'alcalinité, l'oxygénation l'influence elle-aussi.
Lors d'un effort physique, l'organisme se met en dette d'oxygène, état
qui se traduit par une diminution du pH sanguin, du fait de la création
en abondance de l'acide carbonique cellulaire. Cette minoration du pH
sanguin déclenche des ordres hypothalamiques qui vont, en dehors de
toute décision consciente, amplifier notre respiration. C'est par ce
biais qu'une activité physique intense déclenche une respiration plus
intense.
Les tensions musculaires sont elles-aussi liées au pH sanguin. Elles
apparaissent au fur et à mesure que le sang tend vers l'acidité.
L'excès d'acide lactique dû à un effort prolongé va entraîner des
crampes musculaires.
De la même manière, au quotidien, une mauvaise oxygénation, conséquente
à une respiration insuffisante, engendre des tensions musculaires. Ces
tensions peuvent contribuer aux douleurs de toutes sortes, en
contraignant les mouvements, en écrasant les vertèbres et les
articulations, en provocant des spasmes, etc.
On comprend qu'une respiration normale et complète, en plus de
favoriser la digestion et l'élimination, régule l'ensemble du tonus
musculaire qui influence, à son tour, l'attitude corporelle et donc,
notre confiance, notre voix, notre capacité d'action... et bien
d'autres choses encore.
LA LIBÉRATION DE LA RESPIRATION
Libérer sa respiration n'est pas chose aisée. Il faut pour cela pouvoir
ne rien faire, ne rien perturber, et laisser ainsi son corps accéder à
la respiration instinctive qu'il garde toujours en mémoire.
Ce lâcher-prise n'est pas facile puisqu'il va confronter la personne à
l'inutilité de tensions qu'elle a pourtant maintenues au prix d'une
dépense d'énergie coûteuse et d'un désagrément. Il conduit bien souvent
à se rendre compte que l'on s'inflige, parfois jusqu'à "s'emprisonner"
dans une cuirasse, des tensions qui n'ont plus de raison d'être.
En massage somatothérapeutique, c'est l'attitude du praticien, plus
encore que la technique employée, qui peut ou non permettre de relaxer
les muscles. Une relation de confiance doit s'instaurer peu à peu,
garantie par un cadre thérapeutique précis et clair. La personne massée
doit se sentir autorisée à lâcher prise et à ressentir, vivre et
exprimer, le cas échéant, les émotions archaïques que les tensions
travaillées retenaient.
Certaines techniques (le rebirth, la respiration holotropique...)
utilisent la respiration pour déclencher un travail thérapeutique de
libération. On a vu, plus haut, que l'alcalinisation du sang provoquée
par une suroxygénation favorisait le fonctionnement de l'hypothalamus
et le déblocage de charges émotionnelles. Dans ces techniques, on
propose à la personne de lancer le travail par une respiration
continue, haute et rapide, en forçant l'inspiration et en relâchant
complètement sur l'expiration, sans pause ni rétention.
L'hyperventilation va permettre de pointer des tensions pour ensuite
les comprendre et les dépasser. Si le cadre le permet, elle peut aussi
déboucher sur des phases de conscience modifiée (transes) au cours
desquelles la personne va revivre des séquences de vie non résolues,
réabordant des traumatismes anciens, munie de ses ressources
d'aujourd'hui, pour les comprendre autrement. Ces pratiques étant assez
"remuantes", il est impératif que le thérapeute qui accompagne soit
solide et compétent.
La pratique du yoga, du taï chi chuan, du qi gong renvoie à la
conception asiatique qui considère la respiration comme une prise
d'énergie vitale : le prana en Inde, le tchi
en Chine, le ki au Japon. Dans la pratique des arts
martiaux, on reconnaît l'importance fondamentale de la respiration,
alors qu'on la néglige trop souvent dans les sports d'origine
occidentale où, culturellement, on privilégie l'aspect musculaire de la
force vitale.
En sophrologie et en relaxation, la libération de la respiration est
une étape importante du travail. L'état de relaxation éveil les sens
kinesthésique et proprioceptif qui permettront de sentir le mouvement
de la respiration et, avec la pratique, d'identifier les tensions qui
entravent le processus. Une fois ces tensions repérées, elles peuvent
être relaxées. Peu à peu, la respiration retrouve sa souplesse, son
amplitude, sa liberté et sa régularité, sans que le mouvement ne soit
forcé.
Un pratiquant régulier renforce nettement sa conscience du corps.
Ainsi, il perçoit plus vite l'effet que les événements ou les personnes
produisent sur lui. Plutôt que de refouler l'émotion vécue dont il
n'aurait pas pris conscience, il sera davantage capable de
l'identifier, de s'en nourrir, ou de la rejeter en exprimant son
désaccord, en se positionnant et en précisant son désir.
S'il faut respirer pour vivre, on peut ajouter qu'il est bon de bien
respirer pour bien vivre. On a vu que la respiration influençait
plusieurs champs. Elle conditionne directement la digestion,
l'élimination, l'équilibre physique, l'équilibre psychique, la
sensibilité émotionnelle. Elle influence notre structure corporelle,
avec laquelle nous accueillons la vie et les autres. Il ne sert à rien
de vouloir bien respirer à tout prix : ce n'est pas par la volonté que
nous reconstruisons notre structure, c'est par la place que nous
réattribuons à notre propre corps. Le corps sait comment respirer. Il
sait déconstruire les remparts de tensions que nous nous sommes bâtis,
si nous lui en donnons l'occasion en comprenant pourquoi il a dû, un
jour, se crisper pour se protéger, et en l'accompagnant dans le
lâcher-prise.
Manuel GASTAMBIDE Directeur de l'Ecole du massage intuitif
Somatothérapeute à Lille 
Formation
au massage
Retour à
l'accueil de l'organisme de formation
|